Les récoltes menacées par les précipitations

Le déluge de ces derniers jours génère l’inquiétude du monde paysan. Des sols gorgés d’eau retardent les semis et pourraient compromettre en partie les récoltes.

«Désormais, il nous faut quinze jours de soleil avant qu’on puisse retourner à pied sec dans les parcelles. Il y a des communes où pas un grain de maïs n’a encore été semé. » Des champs gorgés d’eau. Des troupeaux rentrés fissa à l’étable, pour que les bêtes ne labourent pas l’herbe des pâtures. Des foins aplatis par les orages…

Le constat dressé par Jean-Marc Brème dépeint un paysage agricole tout tourneboulé en cette fin de printemps. « Depuis huit jours, les coups de fil pleuvent concernant des demandes d’ouverture de procédure d’indemnisation suite aux inondations », poursuit le patron de la FDSEA de Moselle. La pluie a frappé durement mais de manière très hétérogène selon les secteurs géographiques. Sans surprise, les vallées ont été les plus touchées. La Seille, surtout en amont, l’Orne, la Moselle ou encore la Meuse.

« Sur les terrains inondables, les prés sont inexploitables. Il est hors de question de récolter du fourrage souillé par les boues », déplore Jean-Luc Pelletier, président de la Chambre régionale d’agriculture. « L’enjeu, maintenant, ça va être d’enlever toute cette herbe pour favoriser au plus vite la repousse. »

Les maïs déjà plantés végètent, asphyxiés par l’eau dans le sol. Quant aux semis, impossible de planter dans ces conditions. Les moissons attendront. Premières récoltes inscrites d’ordinaire au calendrier pour la fin juin, les orges d’hiver ont besoin de soleil pour gagner en maturité, gage d’un bon remplissage des grains. La situation du colza épouse, elle aussi, l’hétérogénéïté des précipitations. Idem pour le maraîchage et l’arboriculture. La raréfaction de certains fruits et légumes (cerises, tomates…) pourrait se traduire par une hausse des prix sur le marché.

Autre corollaire de ce climat tropical, la prolifération des maladies et champignons fait craindre de sévères attaques. « Impossible de couper à l’emploi de fongicides sur les céréales. A la condition toutefois de disposer d’une fenêtre de tir », rapporte Sylvain Franz, exploitant à Laquenexy et président de la Coordination rurale. Pour l’intéressé, les comptes sont vite faits. « On enquille trois mauvaises années sur quatre. Des inondations en 2013. Une sécheresse en 2015. Et de nouveau des inondations. Ça commence à faire beaucoup. Dans le contexte de trésorerie qu’on connaît, c’est vraiment le scénario dont on se serait bien passé. »

Point de vue partagé par Adrien Defloraine, président des JA 57 qui s’interroge sur les parades à mettre en œuvre contre cette cascade d’intempéries : « L’entretien des cours d’eau et des fossés, assurés depuis des générations, permettait l’évacuation des excès d’eau… » Contre le relâchement des efforts, l’intéressé en appelle donc à la mobilisation pour lutter contre les engorgements et pointe également le bétonnage des terrains agricoles qui empêche l’infiltration des eaux de ruissellement.

Le Meusien Jean-Luc Pelletier espère tout de même « un retour à la normale » de la météo : « Le pire n’est jamais sûr », glisse-t-il, refusant pour l’heure de croire que la récolte partira dans les choux.

 

(Républicain Lorrain)