Conséquence de la Sécheresse et du Gel: Le point sur l'agriculture en Lorraine.

 

Après avoir subi des conditions climatiques particulièrement défavorables à l’implantation des colzas, les difficultés s’accumulent au printemps. Le déficit hydrique marqué et les gelées matinales de forte intensité au mois d’avril pénalisent toutes les cultures présentes sur le territoire et n’épargnent pas les colzas les plus fragiles.

 

Les colzas bien implantés à l’automne résistent aux à-coups climatiques

Un constat s’impose rapidement : Les colzas bien implantés à l’automne (bon enracinement, croissance avant hiver satisfaisante) résistent relativement bien à ces à-coups climatiques, même si l’avancement des stades est ralenti et que des avortements de boutons ou de siliques sont observés. A contrario, les très petits colzas à l’entrée de l’hiver et/ou les colzas mal enracinés encaissent mal ces aléas climatiques : avortement de boutons floraux et de jeunes siliques, faim d’azote et de soufre. Certaines parcelles fleurissent depuis plusieurs semaines et ne forment pas de siliques.
On estime qu’environ 40% des colzas restant sur le territoire lorrain pâtissent des conditions d’implantation de l’automne 2016 (estimation Terres Inovia réalisée lors d’une tournée réalisée le 20/04/2017 sur un parcours d’environ 400 km sur le territoire).

Les conditions extrêmes que nous connaissons mettent une fois de plus en avant l’importance de l’implantation et de la croissance à l’automne pour mettre en place un colza robuste.

Parcelle en fleur depuis plusieurs semaines qui ne fait pas de silique (A gauche) et Parcelle de colza en fleur produisant des siliques normalement ( A droite).

 

La sècheresse couplée aux difficultés d’implantation est le premier facteur limitant du rendement

Le déficit hydrique sera sans aucun doute un facteur limitant du rendement. Si le colza affectionne les printemps secs, il a toutefois besoin de pluies efficaces pour valoriser pleinement les apports d’engrais et assurer le fonctionnement métabolique de la plante. La pluie a fait son retour – tant attendu - sur la plupart des régions fin avril- début mai. Malheureusement elle a oublié d’arroser généreusement le territoire lorrain. Les précipitations reçues le week-end du 8 mai varient entre 3 mm et 15 mm selon les secteurs. Une certaine similitude existe entre les cartes de cumul de pluie du 1er août au 30 septembre 2016 et du 1er janvier au 7 mai 2017. Dit autrement, les secteurs les plus touchés par les problèmes d’implantation sont les secteurs les plus touchés par les déficits de précipitation au printemps. Le sud de la région s’en sort globalement mieux.

 

> Au 13 Mai 2017: Les dernières pluies ont fait beaucoup de bien et ont permis la levée de divers semis, mais ont été très inégalement réparties sur le territoire. L’irrigation est encore de mise sur les cultures de plein champ précoces : épices, pomme de terre et les récentes plantations.

> Au 31 Mai 2017: La pluviométrie reste faible. En Aboriculture, des signes de sécheresse sont désormais bien visibles sur une parcelle de cerises douces à Coyviller (feuilles enroulées, les fruits restent petits). Au niveau des cultures maraichère, on observe de manque de levées ou levées irrégulières, sénescence précoce, etc en raison d'une insuffisance en eau.

 

Quelles sont les conséquences du gel ?

Photo : Gel sur feuille (ne pas confondre avec des carences en soufre)

> Sur les grande cultures, On observe aisément des symptômes de gel sur les bords de parcelle : plantes courbées, boutons avortés, feuilles brûlées. Les véritables conséquences du gel restent toutefois très difficiles à estimer compte tenu des composantes du rendement du colza (nombre de siliques / m², nombre de grains / silique) et des capacités de compensation de la culture. En effet, la destruction de boutons, de fleurs, de jeunes siliques et même de graines dans les siliques provoque la levée de dormance d’organe en latence, à condition bien entendu que les conditions d’alimentation en eau et minéraux soit assurée. Une observation minutieuse au terme de la floraison sera nécessaire pour élaborer une tendance.

> En Aboricuture, les dégâts de gel sont globalement importants, avec de grandes variations suivant les secteurs. Les fruits des vergers les plus sensibles au gel sont touchés à 100 %. Quelques vergers, plus protégés, ont été complètement épargnés.

> Au niveau des cultures de maraîchage, suite à l’épisode de froid les dégâts causés par le gel continuent de s’exprimer. Les cultures les plus touchées sont les fraises pour lesquelles des bourgeons floraux déjà gelés continuent de s’ouvrir. La sécheresse devient préoccupante dans de nombreux secteurs sur les cultures précoces de plein champ (PdT) ou sur les cultures hivernées : les asperseurs ont parfois déjà été installés. Sur céleri, les dégâts pourraient apparaître fin mai début juin avec des montées à graines. Sous abri des cultures chaudes précoces ont aussi pu être touchées : tomate et courgette notamment.

> Au niveau viticulture, les observations du réseau et les signalements de certains viticulteurs révèlent une hétérogénéité des dégâts provoqués par le gel selon les secteurs et au sein même des parcelles. Il est donc difficile d’estimer le niveau de dégât et de perte général.

> Pour les zones non agricoles, quelques dégâts de gels sont signalés sur l’ensemble de la région sur certaines plantes types bulbeuses (crispation, brûlures foliaires) accentués par les premiers signes de manque d’eau.

> Les dernières gelées remontent au 10 mai 2017
 

 

En plus du Gel et la Sécheresse, maintenant la grêle!


En Viticulture, des dégâts de grêle ont été observés début Mai dans le Toulois, notamment sur Bulligny et Blenod où ils sont localement très importants. Les feuilles sont déchiquetées et trouées suite à l’impact de la grêle.

> Toujours en viticulture, de nouvelles chutes de grêle ont été signalées vendredi 12 mai sur les secteurs de Vezon et de Billy sous-les-côtes notamment, occasionnant des dégâts importants. Dégâts de grêle sur certains secteur en Aboriculture.

> Un violent orage a éclaté sur les communes de Lucey et Lagney le 27 mai. En 2 heures (entre 19h et 20h), 70mm de pluie ont été enregistrés sur la station de Lucey. Localement des grêlons sont également tombés. Les dégâts sont considérables, les jeunes fruits ont chuté, ceux restant sur les arbres sont blessés. En viticulture,  environ 20 ha seraient complètement détruits et 20 ha partiellement touchés. 80 à 90% des récoltes sont totalement détruites. Cela représente 20% de l'appellation Côtes-de-Toul reconnue AOC (appellation d'origine contrôlée) depuis 1998.

 

(Avec Terres Inovia et les Chambres d'Agricultures)