Des cultures chauffées à blanc

Déficit hydrique, gels tardifs… et canicule. Pour les récoltes, le cocktail climatique s’annonce explosif. Le désarroi gagne les campagnes.

A la ferme de Franclonchamps, à La Maxe, Nicolas Pegorano montre les feuilles de maïs qui sont en mauvais état. Photo Anthony PICORÉ

A la ferme de Franclonchamps, à La Maxe, Nicolas Pegorano montre les feuilles de maïs qui sont en mauvais état. Photo Anthony PICORÉ

«Les cultures changent de couleur, elles grillent sur pied, privées de réserve en eau », se désole Jean-Marc Brême, président de la FDSEA de Moselle. Et il désigne, dépité, le blanchiment des pousses de printemps qui, à l’instar des petits pois et féveroles, tournent de l’œil. Quant aux colzas de l’automne, ils n’ont pas levé. Des journées à 35°C, des nuits à 28 °C, le tout dans un contexte de déficit hydrique chronique. Cette fois, l’alerte est chaude, très chaude. Sans un retour rapide à la normale, la situation pourrait bien virer au cauchemar.

« On est confronté à des chaleurs dignes d’un mois d’août, sans rosée le matin », se désole le Mosellan. Lequel redoute « un coup de chalumeau mortel pour le remplissage des grains ».

Consternation partagée en Meurthe-et-Moselle par Gérard Renouard, président de la chambre départementale d’agriculture : « Auparavant, on craignait quelques jours de coup de chaud en juin. Désormais, c’est quelques semaines. » Selon l’observateur, le solde des précipitations accuse, depuis mars, un déficit de - 50 ml d’eau « alors que, dans la même période, on est plutôt sur une moyenne positive de 300 à 400 ml d’eau ». Conséquence, les volumes de foin pourraient se situer un tiers sous la normale. La crainte d’un manque de fourrage réapparaît. Quant aux grandes cultures, « chaque jour qui passe diminue les rendements ».

« S’adapter »

Pour limiter le désastre, les moissons débutent par endroits avec quinze jours d’avance, « avant que tout soit grillé ». Au-delà de cette conjoncture météo, Jean-Marc Brême évoque « un cycle végétatif profondément affecté » par l’accumulation des aléas – sécheresse, canicule – amplifiés par le gel d’avril. « Auparavant, on parlait d’un rythme de sept bonnes années pour sept mauvaises. On peut dire qu’on a bien tapé dans les mauvaises. » Depuis 2012, seules 2013 et 2014 ont été correctes. En 2016, les fortes précipitations printanières marquées par une faible luminosité ont ruiné une partie des récoltes. Ce yo-yo permanent plombe le moral de la profession. « C’est la nature même de l’agriculture pluviale, caractéristique de la Lorraine, qui se trouve remise en question. La sécheresse semble devenir le problème de notre région, il va falloir s’adapter et peut-être planter du sorgho. Ici, la nappe est trop profonde pour irriguer», souligne Gérard Renouard très inquiet pour la sole des tournesols, exceptionnellement importante à titre expérimental.

Jean-Marc Brême plaide, lui, pour une recherche scientifique plus offensive et une administration moins tatillonne : « L’agriculture doit faire montre d’une meilleure réactivité. Un paysan dont l’exploitation à Marsal est sous contrat aux fins de protection des mares salées ne sait pas à qui s’adresser pour obtenir l’autorisation de moissonner précocement. D’ici à ce qu’il dégote le bon interlocuteur, tout sera sec. »

Xavier BROUET (Républicain Lorrain)