La sécheresse est dans le pré

Après une année 2016 climatiquement difficile dans les champs, les agriculteurs comptaient sur 2017 pour avoir de jours meilleurs. Entre sécheresse et canicule, c’est très mal parti.

Jeudi matin, les cloches de l’église de Levoncourt n’ont pas encore sonné dix fois que déjà le thermomètre flirte avec les 30 °. Plusieurs jours que cela dure dans le département. Plusieurs jours que Patrice Dailly, un des trois associés du Gaec du Monty, scrute le thermomètre et le ciel. « À 6 h, il faisait 20 ° ! Les deux nuits d’avant : 14 et 17 ».

Rien de bon, tant pour les cultures que pour les bêtes, quelque 90 vaches laitières, une vingtaine de vaches allaitantes et 280 taurillons à l’engraissage. Autant de bêtes qu’il faut nourrir. Grâce aux cultures produites sur les 280 hectares de l’exploitation. Enfin ça, c’est en temps normal. « Mais 2017 est une année atypique. En 2016, on s’était déjà tapé un gros déficit fourrager, au niveau du maïs entre autres. On a été obligé de nourrir les bêtes en pâture. On a déjà tapé dans les stocks » Et cette année, avec la sécheresse, c’est reparti de mal en pis. Président de la Chambre d’agriculture de la Meuse, Jean-Luc Pelletier confirme : « Reconstituer les stocks de fourrage en juillet va être compliqué. »

Patrice Dailly fait les comptes, les mauvais : « L’an dernier, 18 hectares de colza ont été semés et n’ont pratiquement pas levé, on a ressemé avec de l’orge, il a gelé ! » Un hiver déficitaire en eau, des céréales qui ont gelé sur une dizaine d’hectares, un mois d’avril sec… Rien qui vaille « On est à - 20 voire - 30 % de rendement sur les foins, les ensilages. C’est les soldes, chez nous ! », lance l’agriculteur qui, malgré la situation, tente de ne pas se départir de son humour.

En partie nourries avec de la paille

Il ne tarit pas d’exemples, montrant que 2017 va s’ajouter à la situation compliquée de 2016. « À Levoncourt, on a un forage, en 2016, à partir du 1er août on a alimenté le bâtiment à taurillons en eau avec pour ne pas puiser sur la concession. Cette année, on a commencé le 1er juin. On va chercher environ 15 m³ par jour. » Dans un autre bâtiment, presque aussi bien ventilé que celui des taurillons, les vaches laitières se montrent gourmandes en eau. « Avec ces températures comme en ce moment, elles boivent chacune 100 litres d’eau par jour » et préfèrent largement rester dans leurs logettes que d’aller cuire au soleil dans les pâtures où le sol se craquelle tous jours un peu plus. « On n’a pas de pluie régulière, que des pluies d’orage quand il y en a », se désespère Patrice Dailly prêt à apprendre la danse de la pluie si ça peut aider. « On va essayer de faire des intercultures. » Pour pallier le manque de récoltes, comme le foin, « sur la première coupe, il manque 100 balles rondes. » Une situation telle que les vaches sont aujourd’hui nourries en partie avec de la paille. Et chaque jour qui passe se sont les agriculteurs qui se retrouvent un peu plus sur la paille.

Karine DIVERSAY

(L'Est Républicain)