Point sur la situation Hydrologique en France et en Lorraine au 20 Juillet 2017

 La sécheresse des sols superficiels* qui a débuté fin avril perdure des Hauts-de-France au Grand-Est ainsi que du Jura à la Méditerranée. Le Point en France et en Lorraine à la mi Juillet 2017

 

> En France

Les cumuls de précipitations ont été très disparates sur notre pays en Juin. Les passages perturbés, le plus souvent orageux, se sont produits essentiellement en début et en fin de mois. Le cumul de précipitations a atteint une fois et demie à localement deux fois et demie la normale du sud de la Mayenne à l’Indre-et-Loire, sur le sud de la région parisienne et surtout sur la NouvelleAquitaine, les Pyrénées-Orientales, le Cantal et la Haute-Loire. À l’inverse, les régions de l’est de la Normandie, du nord-est de la Bourgogne-Franche-Comté au Haut-Rhin, le centre de l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’Allier, l’Occitanie et le sud de la Bretagne ont enregistré localement un déficit de 25 à 60 %. Sur le Nord et le Pas-de-Calais, il a même atteint 40 à 80 %, voire localement plus sur la région PACA et la Corse. En moyenne sur le mois et sur la France, la pluviométrie est proche de la normale*.
Les précipitations, essentiellement orageuses, ont été peu fréquentes sur l'ensemble du pays depuis début juillet. Elles se sont principalement produites sur un large quart nord-est ainsi que sur le sud de l'Aquitaine et de Midi-Pyrénées. La pluviométrie a été déficitaire presque partout, hormis dans les Landes, l'Oise et plus ponctuellement au pied des Pyrénées, dans le centre et le nord-est du pays.
Au 19 juillet, le déficit est très marqué de la Normandie à la Bretagne, de la Dordogne au sud du Massif central ainsi que sur les régions méditerranéennes. De l'Hérault aux Alpes-Maritimes ainsi qu'en Corse, il a plu moins de 2 jours depuis début juillet et les cumuls ne dépassent pas 2 mm (1 mm équivaut à 1 litre par m²).
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Une sécheresse des sols superficiels très marquée sur le Sud-Est et la Corse

La sécheresse des sols superficiels* qui a débuté fin avril perdure des Hauts-de-France au Grand-Est ainsi que du Jura à la Méditerranée. Elle s'est atténuée de l'Île-de-France à la Nouvelle-Aquitaine et à Midi-Pyrénées. En revanche, elle s'est accentuée du Morbihan à la Vendée ainsi que sur le pourtour méditerranéen. Sur le Var et les Alpes-Maritimes, la très faible pluviométrie et les températures très élevées depuis mi-mai ont contribué à un assèchement remarquable des sols superficiels, qui approche les valeurs records de 2003 et 2006. Par ailleurs, la Corse connaît depuis le 22 avril sans interruption ses valeurs records de sécheresse. 
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prochaines semaines, c'est plutôt un temps alternant des périodes sèches avec parfois des chaleurs modérées voire forte et des périodes orageuses mais pas de précipitation significative. Dans cette perspective la sécheresse qui a légèrement ralenti en Lorraine, va s'accentuer de manière importante.

 

> En Lorraine

Précipitations:

Le mois de juin 2017 est marqué par des épisodes de très forte chaleur. Les températures sont supérieures aux normales de saison de plus de 1°C en moyenne. La pluviométrie mensuelle sur le bassin Seine Normandie est globalement conforme à la normale avec un cumul moyen de 62 mm. Les précipitations mensuelles pour le mois de juin 2017 sur le Bassin Rhin/Meuse n’ont été que très légèrement inférieures aux normales d’un mois de juin. Cependant, du fait des fortes températures et de l’activité végétale, ces précipitations n’ont pas atteint les nappes et n’ont donc pas permis de les recharger. L’état de sécheresse des sols au 1er juillet 2017 confirme le faible impact des pluies sur le sol et donc le sous-sol.

Début Juillet le déficit de précipitation est entre 20 et 40 % en fonction des endroits toucher ou non par des précipitations orageuses par rapport à un mois de juillet normal.

 

Légende: Le graphique de Erneville aux bois dans la Meuse. Seulement 07mm en Avril 2017. (Cliquer sur les graphes pour les agrandir)

 

Côté hydrologique:

Température chaude et précipitation inégale ou/et insuffisante ont contribué à aggraver la situation en Lorraine, sur le bassin Rhin/Meuse. La situation est encore plus tendue sur la Meuse, la Moselle avale, la Seille, l'Orne et la Nied. La situation est moins préoccupante en direction de la Moselle Est en raison de précipitation orageuse plus abondante qui a permit de ralentir ces dernières semaines la sécheresse sans la faire disparaitre. 

Sécheresse - Cours deau Lorraine au 30 Juin 2017

 

Pour l'ouest de la Meuse: En juin, les hydraulicités des stations crayeuses et non crayeuses sont majoritairement en baisse par rapport au mois de mai. De ce fait, la situation générale est encore dégradée ce mois-ci. Les hydraulicités des bassins crayeux et non crayeux sont en grande partie très inférieures à la moyenne.  Le nombre de stations affichant des fréquences conformes ou supérieures à la médiane est faible et constant par rapport au mois de mai. La situation est sensiblement identique en Juillet.
 

Sécheresse - Cours deau Ouest Meuse au 20 Juillet 2017

 

> En Meuse (au 11 Juillet 2017): 8 rivières indiquent un écoulement visible faible - 3 rivières indiquent un écoulement non visible et 1 rivière assec. Le reste (18) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse et souvent très bas.

> En Meurthe et Mosselle (au 26 Juin 2017): 6 rivières indiquent un écoulement non visible et 8 rivières assec. Le reste (18) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse et souvent très bas.

> En Moselle (au 26 Juin 2017): 3 rivières indiquent un écoulement non visible et 6 rivières assec. Le reste (31) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse et souvent très bas.

> Dans les Vosges (au 23 Juin 2017): 7 rivières indiquent un écoulement visible faible - 1 rivière indique un écoulement non visible et 1 rivière assec. Le reste (22) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse et souvent très bas.


 
Remplissage des lacs-réservoirs de la région Lorraine:

- Lac de la Madine (55 - 54): 68%

- Lac du vieux Pré (54): 82%

 

Nappes Souterraines:

Il n’est pas anormal d’avoir cette tendance à la baisse, puisque les nappes se rechargent classiquement d’octobre à mars, puis se déchargent d’avril à septembre. Mais, les niveaux moyens sont globalement bas à très bas par rapport à la moyenne des mois de juin. On peut même évaluer que pour près de la moitié des stations de suivi, la moyenne mensuelle de ce mois de juin 2017 est parmi les plus faibles des moyennes mensuelles des mois de juin de l’ensemble de la chronique piézométrique  .

L’état de sécheresse des sols au 1er juillet 2017 confirme le faible impact des pluies sur le sol et donc le sous-sol.

Dans l'ouest Meuse, tous les piézomètres présentent des niveaux inférieurs à la moyenne. Le nombre de points de mesure présentant des niveaux très bas est stable par rapport au mois de mai.

 

Sécheresse - Nappes Lorraine au 30 Juin 2017

 

Ailleurs en France:

Les deux tiers des nappes (74%) affichent un niveau modérément bas à très bas. Cette situation, assez dégradée, est la conséquence du déficit de recharge hivernale de cette année. Seuls quelques rares secteurs présentent des niveaux autour de la moyenne comme au sud du Bassin parisien et sur le secteur de Nîmes et Montpellier. Le reste du territoire présente des niveaux modérément bas voire bas. La vallée du Rhône au sud de Lyon présente des niveaux très bas.

La tendance d'évolution du niveau des nappes traduit désormais une situation de basses eaux avec plus des trois quarts des points (87%) orientés à la baisse. Le phénomène s’est fortement accéléré au cours des derniers mois. Seuls 4% des points sont en hausse alors qu’ils étaient encore à 24% au 1er juin. Le nombre de points stables (9%) est également très faible pour la période. Cette situation n’est pas totalement inhabituelle pour la période estivale mais elle est tout de même précoce. La période de bascule entre hautes et basses eaux semble dépassée.

La situation des nappes au 1er juillet 2017 traduit la période estivale de basses eaux.

 

Côté Sécheresse:

Au 20 Juillet 2017: 64 départements en France ont pris au moins une restriction d'usages de l'eau sur leur territoire.

Au 20 Juillet 2017: L'ensemble des départements de la Région Lorraine on prit des arrêtés d'usage de l'eau. Au 20 juillet, La Meuse et les Vosges sont en Alerte. La Meurthe-et-Moselle et la Moselle (partiel pour la Moselle) sont en Alerte renforcée.

> Les zones de la Meuse amont et de la Moselle aval - Seille - Orne - Nied restent en situation d'alerte renforcée et les zones de la Meuse aval - Chiers et de la Moselle amont - Meurthe restent en situation d'alerte. La zone Sarre et la zone Lauter, Sauer, Moder et Zorn repassent en "vigilance".  L'Aisne amont, Marne amont et Saulx-Ornain sont en état d’alerte.
 

 

Analyse (au 20 Juillet 2017) pour la Lorraine:

La situation s'est aggravé sur les bassins de la Moselle et de la Meuse depuis la dernière analyse (du 31 mai 2017). Elle s'est aggravé aussi ailleurs mais de façon moins importante. La perspective n'est pas très optimiste pour les mois à venir. Effectivement la situation que nous avons aujourd'hui 20 juillet 2017 est une situation d'une fin août voir de début Septembre. Il y a donc plus d'1 mois d'avance sur la situation de sécheresse par rapport à le normal. Les perspectives météorologiques pour les 15 prochains jours ne prévoient pas de très fortes chaleurs (température au dessus de 33°C) comme en Juin mais toujours une absence (hors orages éventuels) de précipitation durable et généralisée sur le territoire, dans ce contexte la situation de sécheresse ne peut que s'aggraver en particulier dans les secteurs les plus fragilisés (Bassin de la Meuse et de la Moselle). On peut s'attendre à des restrictions plus sévères de la part des autorités dans les prochaines semaines. L'économie d'eau est une affaire de tous.


La situation est à suivre pour les prochaines semaines. Prochain point vers la mi Août.

 

 

*On distingue plusieurs types de sécheresses :

- La sécheresse météorologique correspond à un déficit prolongé de précipitations.
- La sécheresse des sols, dite « agricole », se caractérise par un déficit en eau des sols superficiels (entre 1 et 2 m de profondeur), suffisant pour altérer le bon développement de la végétation. Elle dépend des précipitations et de l'évapotranspiration des plantes. Cette notion tient compte de l'évaporation des sols et de la transpiration des plantes (l'eau puisée par les racines est évaporée au niveau des feuilles). La sécheresse agricole est donc sensible aux précipitations, à l'humidité et à la température de l'air, au vent mais aussi à la nature des plantes et des sols.
- La sécheresse hydrologique se manifeste enfin lorsque les lacs, rivières ou nappes souterraines montrent des niveaux anormalement bas. Elle dépend des précipitations mais aussi de l'état du sol influant sur le ruissellement et l'infiltration. Le réseau hydrographique et les caractéristiques des nappes déterminent les temps de réponse aux déficits de précipitations observés sur différentes périodes.
Ces « différentes » sécheresses peuvent intervenir à divers moments, non forcément concomitants et ne sont pas forcément systématiques.

 

(Avec Météo France, BRGM, Eau France et Dreal Grand Est)