Point sur la situation Hydrologique en France et en Lorraine au 18 Août 2017

 La situation de sécheresse établie sur la France depuis ce printemps persiste avec néanmoins des évolutions différentes selon les régions au cours du mois de juillet.

Carte de l'état de sécheresse des sols au 1er août

 

> En France

Des effets toujours sensibles du déficit de précipitations durant la période de recharge 

La période de recharge (septembre à mars) contribue de façon prépondérante à l'alimentation des nappes phréatiques. De septembre 2016 à mars 2017, la pluviométrie a été fortement déficitaire sur la France, à l'exception du Massif central, des régions méditerranéennes et de la Corse. Les précipitations qui se sont ensuite produites n'ont pas permis d'améliorer la situation. Ainsi, une sécheresse hydrologique perdure sur de nombreuses régions.
 

Une sécheresse des sols superficiels marquée sur plusieurs régions et exceptionnelle sur le Sud-Est et la Corse

La sécheresse des sols superficiels qui a débuté fin avril, persiste en ce début de mois d'août sur les Hauts-de-France, la Haute-Normandie, l'Orne, la Haute-Saône et l'Alsace ainsi que sur le quart sud-est. Les précipitations du mois de juillet ont en revanche permis une amélioration de la situation sur la Bretagne, la Lorraine et la Champagne-Ardenne ainsi que sur les Alpes du Nord. En revanche, en Provence – Alpes - Côte d'Azur et en Corse, la très faible pluviométrie et les températures élevées du mois de juillet ont contribué à accentuer la sécheresse des sols superficiels, qui approche les valeurs records de 2003 et 2006. En Corse, des valeurs records sans interruption sont même observées depuis le 22 avril. 

 

> En Lorraine

Précipitations:

 Les cumuls mensuels du mois de Juillet 2017 ont localement dépassé 100 mm sur le Grand-Est. En revanche, suite à des épisodes orageux intenses, le cumul de précipitations a été une fois et demie à deux fois supérieur à la normale des Ardennes, à la Meuse et à la Moselle. Depuis le début de la saison hydrologique (septembre 2016), le déficit pluviométrique reste supérieur à 25 % sur le Grand-Est. Durant ce mois de juillet, le déficit de cumul des précipitations efficaces perdure sur la majeure partie du pays. Il reste compris entre 50 et 75 %, sur les régions bordant les frontières du Nord et du Nord-Est. Le déficit s’est atténué sur le Grand-Est et l’indice d’humidité des sols est souvent excédentaire.

 

Légende: Le graphique de Erneville aux bois dans la Meuse. Seulement 07mm en Avril 2017. (Cliquer sur les graphes pour les agrandir)

 

Côté hydrologique:

La situation est toujours préoccupante en direction de la Meuse et en particulier de la Meuse Amont suite à un déficit de précipitation important. La situation reste fragile sur le reste de la région, il faut resté attentif à l'évolution de la situation. Amélioration sans doute temporaire sur le bassin Saulx/Ornain qui a reçu des pluies importantes fin juillet (parfois 1 mois de pluie localement) ce qui a contribué à revenir à une situation normale.

Sécheresse - Cours deau Lorraine

 

Sécheresse - Cours deau Ouest Meuse

 

Pour l'ouest de la Meuse: Les écoulements sont toujours très faibles par rapport à la normale d’un mois de juillet. Au mois de juillet, les fréquences de VCN3 sont en légère hausse sur les bassins crayeux et non crayeux. Le nombre de stations affichant des fréquences conformes ou supérieures à la médiane augmente  par rapport au mois de juin.
 

> En Meuse (au 25 Juillet 2017): 7 rivières indiquent un écoulement visible faible - 3 rivières indiquent un écoulement non visible et 1 rivière assec. Le reste (19) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse et souvent très bas.

> En Meurthe et Mosselle (au 09 Août 2017): 6 rivières indiquent un écoulement non visible et 9 rivières assec. Le reste (23) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse et souvent très bas.

> En Moselle (au 25 Juillet 2017): 3 rivières assec. Le reste (37) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse et souvent très bas.

> Dans les Vosges (au 24 Juillet 2017): 1 rivière indique un écoulement visible faible - 1 rivière indique un écoulement non visible et 2 rivières assec. Le reste (27) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse et souvent très bas.


 
Remplissage des lacs-réservoirs de la région Lorraine:

- Lac de la Madine (55 - 54): 84%

- Lac du vieux Pré (54): 76%

 

Nappes Souterraines:

Les nappes sont globalement à la baisse au mois de juillet 2017. Cette tendance à la baisse n’est pas anormale pour cette saison, puisque les nappes se déchargent d’avril à septembre. Mais, les niveaux moyens sont globalement bas à très bas par rapport à la moyenne des mois de juillet. Dans le secteur nord de la Haute-Marne et de la Meuse, cette baisse est toutefois atténuée par les pluies qui sont tombées au cours du mois. Pour de nombreuses stations de suivi, la moyenne mensuelle de ce mois de juillet 2017 est parmi les plus faibles des moyennes mensuelles des mois de juillet de l’ensemble de la chronique piézométrique.

 

Sécheresse - Nappes Lorraine

 

Ailleurs en France:

Les deux tiers environ des nappes (71 %) affichent un niveau modérément bas à très bas. Cette situation de basses eaux n’est pas totalement inhabituelle pour cette période de l’année mais elle est tout de même assez dégradée. Elle est la conséquence du déficit de recharge hivernale cette année. Plusieurs secteurs présentent des niveaux autour de la moyenne comme en Beauce, dans la région de Nîmes-Montpellier, une partie du sud-ouest et de la Corse et certains secteurs alluviaux de PACA. Le reste du territoire présente des niveaux modérément bas voire bas. La vallée du Rhône au sud de Lyon ainsi que le secteur de la craie champenoise présentent des niveaux très bas.

La tendance d'évolution du niveau des nappes traduit la situation estivale des basses eaux avec plus des trois quarts des points (83 %) orientés à la baisse. Le phénomène de baisse des niveaux s’est fortement accéléré au cours des derniers mois. Seuls 5 % des points sont en hausse alors qu’ils étaient encore 24 % au 1er juin. Le nombre de points stables (12 %) est également assez faible pour la période. Cette situation n’est pas totalement inhabituelle cependant car il s’agit de la période des plus basses eaux mais elle est tout de même assez prononcée.

La situation des nappes au 1er août 2017 traduit la période annuelle des plus basses eaux.

 

Côté Sécheresse:

Au 18 août 2017: 84 départements en France ont pris au moins une restriction d'usages de l'eau sur leur territoire.

Au 18 Août 2017: L'ensemble des départements de la Région Lorraine on prit des arrêtés d'usage de l'eau. Au 18 Août 2017, La Meuse (partiel), les Vosges (partiel), la Meurthe-et-Moselle (partiel) et la Moselle (partiel) sont au maximum en Alerte renforcée.

> La zone "Meuse amont" reste en alerte renforcée et les zones "Moselle amont et Meurthe", "Moselle aval, Orne, Nieds et Seille", "Aisne Amont", "Marne Amont" ainsi que "Meuse aval et Chiers" restent en alerte. Situation normal et vigilance pour le Bassin Saulx/Ornain. 
 

 

Analyse (au 18 Août 2017) pour la Lorraine:

La situation s'est globalement stabilisé par rapport à fin juin voire légèrement améliorer en particulier sur le bassin Saulx/Ornain. La perspective n'est pas très optimiste pour les mois à venir. Les perspectives météorologiques pour les 15 prochains jours ne prévoient pas de très fortes chaleurs (température au-dessus de 30°C) comme en Juin mais toujours une absence (hors orages éventuels) de précipitation durable et généralisée sur le territoire, dans ce contexte la situation de sécheresse ne peut que se stabiliser voir s'aggraver en particulier dans les secteurs les plus fragilisés (Bassin de la Meuse et de la Moselle). On peut s'attendre à des restrictions plus sévères de la part des autorités dans les prochaines semaines en particulier pour le bassin Meuse Amont. L'économie d'eau est une affaire de tous.


La situation est à suivre pour les prochaines semaines. Prochain point vers la mi Septembre.

 

 

*On distingue plusieurs types de sécheresses :

- La sécheresse météorologique correspond à un déficit prolongé de précipitations.
- La sécheresse des sols, dite « agricole », se caractérise par un déficit en eau des sols superficiels (entre 1 et 2 m de profondeur), suffisant pour altérer le bon développement de la végétation. Elle dépend des précipitations et de l'évapotranspiration des plantes. Cette notion tient compte de l'évaporation des sols et de la transpiration des plantes (l'eau puisée par les racines est évaporée au niveau des feuilles). La sécheresse agricole est donc sensible aux précipitations, à l'humidité et à la température de l'air, au vent mais aussi à la nature des plantes et des sols.
- La sécheresse hydrologique se manifeste enfin lorsque les lacs, rivières ou nappes souterraines montrent des niveaux anormalement bas. Elle dépend des précipitations mais aussi de l'état du sol influant sur le ruissellement et l'infiltration. Le réseau hydrographique et les caractéristiques des nappes déterminent les temps de réponse aux déficits de précipitations observés sur différentes périodes.
Ces « différentes » sécheresses peuvent intervenir à divers moments, non forcément concomitants et ne sont pas forcément systématiques.

 

(Avec Météo France, BRGM, Eau France et Dreal Grand Est)