L'exceptionnel ouragan Irma

 
(Infographie: Keraunos) 
IRMA a été un ouragan exceptionnel de catégorie 5 (maximum de l’échelle Saffir/Simpson), très dévastateur et catastrophique pour de nombreuses îles des Petites et Grandes Antilles.
L’historique d’IRMA
L’historique d’IRMA Le 30 août 2017, la tempête tropicale IRMA naît à l’Ouest des îles du Cap Vert. Pendant 24 heures, IRMA va suivre une trajectoire vers Ouest-Nord-Ouest et s’intensifier rapidement en ouragan catégorie 2 puis catégorie3 le 31 août, ce qui en fera le 2ème ouragan majeur de la saison 2017 après Harvey.
Aux environ du 40ème degré de longitude et à plus de 19 degrés de latitude, IRMA infléchit sa route vers l’Ouest-Sud-Ouest en faiblissant légèrement (catégorie 2). Il devient alors une menace sérieuse pour l’arc Antillais.
IRMA va alors se renforcer continuellement pour atteindre la catégorie 5 le 5 septembre et son maximum d’intensité dans l’après-midi du 5 avec des vents moyens de l’ordre de 295km/h. Il gardera cette incroyable intensité à son passage sur Barbuda, St-Barth, St-Martin/Anguilla et les îles Vierges jusque dans la nuit du 6 au 7 septembre.
Il longe ensuite les côtes Nord de Puerto-Rico, République Dominicaine et Haïti à une distance de plusieurs dizaines de kilomètres ce qui limitera un peu l’impact sur ces pays. 
Par contre, il n’épargnera pas Cuba, surtout le littoral nord du Centre du centre de l’île ce qui l'a légèrement affaibli, le faisant rétrograder de la catégorie 5 à la catégorie 3 en cours de la journée. À son passage, on a cependant enregistré des pluies diluviennes - jusqu'à 500 mm en 24 h - et une rafale à 256 km/h dans la province centrale de Ciego de Avila. Son virage vers le Nord plus tardif qu’anticipé, le fera atterrir sur les côtes Ouest de la Floride ( Naples – Fort Meyers) et non à proximité de Miami. Irma s'est renforcé dans la matinée au cours de son parcours entre Cuba et la Floride, repassant vers 6 h UTC en catégorie 4. Il a touché terre quelques heures plus tard, à 9h10 locales, sur l'île de Cudjoe Key, dans l'archipel des Keys, au sud de la Floride. Irma a ensuite touché terre une seconde fois vers 16 h locales sur l'île de Marco, non loin de la ville de Naples.
En entrant définitivement dans les terres , il s'est nettement affaibli et a été rétrogradé ce lundi matin à 6h UTC en ouragan de catégorie 1, alors qu'il remonte progressivement vers le nord de l'état. Il devrait évoluer en dépression moins intense  demain sur le sud-est des Etats-Unis. 
Animation du satellite GOES13 entre le samedi 9 septembre à 00h00 UTC et le lunedi 11 septembre 2017 à 06h00 UTC 
Animation du satellite GOES13 entre le samedi 9 septembre à 00h00 UTC et le lunedi 11 septembre 2017 à 06h00 UTC - © Météo-France
(Cliquer sur l'animation pour l'agrandir)
 

 

Des vents d'une rare intensité 

Les petites Antilles ont été touchées par des pluies intenses et des vents très violents, le paroxysme de l'évènement se situant entre 1h et 9h locales 
A Gustavia, par exemple, située sur l'île de Saint-Barthélémy, la pression a brutalement chuté au passage de l'œil de l'ouragan, générant de fortes précipitations et des vents extrêmement forts. On a mesuré des valeurs de vent de 244 km/h en rafales, 30 minutes avant le passage de l'oeil, ce qui permet d'estimer les rafales maximales à plus de 300 km/h.  
La marée de tempêtes associée a provoqué en outre de fortes submersions marines sur les côtes. La surélévation du niveau de la mer a dépassé 3 m en certains points du littoral.  
Rafales de vent maximales relevées par des stations au sol :
- 251 km/h à Barbuda avant que l'anémomètre ne soit détruit. Des valeurs supérieures se sont donc produites.
- 244 km/h à Saint-Barthélémy avant que l'anémomètre ne soit détruit. Des valeurs supérieures se sont donc produites.
- 256 km/h à Ciego de Avilla à Cuba
229 km/h à Naples (Floride)
- 209 km/h à Marco Island (Floride)
- 198 km/h à Big Pine Key (Floride)
- 196 km/h à Lely (Floride)
- 163 km/h à Fort Myers (Floride)
- 161 km/h à Miami (littoral)
159 km/h à Sainte-Lucie (Floride)
- 140 km/h Fort Lauderdale (littoral)
Pressions minimales relevées par des stations au sol :
- 916.1 hPa à Barbuda
- 915.6 hPa à Saint-Barthélémy
 
Animation du satellite GOES13 entre le mercredi 6 septembre à 00h00 UTC et le vendredi 8 septembre 2017 à 09h00 UTC
Animation du satellite GOES13 entre le mercredi 6 septembre à 00h00 UTC et le vendredi 8 septembre 2017 à 09h00 UTC © Météo-France
La pression atmosphérique minimale au niveau de la mer qui a été enregistrée à St-Barth a été de 915,9 hpa avec simultanément ou presque des rafales à 244km/h vers 4 heures du matin le 6 septembre (à 4h07). ( A noter: cette valeur enregistrée environ 30 à 45 mn avant l’arrivée du mur de l’œil et juste avant l’arrêt de la station des mesures rend très vraisemblable l’occurrence de rafales au-delà de 300 km/h).
En l’absence de bouées côtières, il n’y a pas de mesures directes des vagues. Des simulations numériques de très haute résolution, initialisées en temps réel avec les données d’IRMA et calibrées avec les bouées voisines, donnent des valeurs de 5 à 9m sur St-Barth et 4 à 6m sur St-Martin en vagues moyennes.
En termes de marée de tempête, la surcôte (montée brutale du niveau de la mer) a été modélisée à plus de 3 m dans les baies exposées au nord  de St-Martin (Marigot, Grand Case) et à plus de 1,2 m à Gustavia (St-Barth). Ces valeurs extrêmes sont cohérentes avec la submersion majeure constatée,

Un phénomène sans précédent sur les petites Antilles

 

Si l’on se réfère aux bases de données existant depuis 1851, il n'avait jamais été observé d'ouragan avec des vents aussi forts (pas seulement estimés mais mesurés par les avions chasseurs de cyclone) affectant les Petites Antilles. Des ouragans aussi puissants voire un peu plus se sont déjà produits dans le bassin mais uniquement en Mer des Caraïbes et dans le Golfe du Mexique.

Il s’agit du premier atterrissage d'un ouragan de catégorie 5 sur une île des Petites Antilles. Les plus forts, encore dans la mémoire collective, de type Hugo (1989 Guadeloupe) ou Luis (1995 St-Martin) étaient de catégorie 4 lors de l’atterrissage avec des vents moyens jusqu’à 220-230km/h. IRMA a été considéré (mesures avions in situ, satellites, radars, scattéromètres, sondes, …) comme générant des vents moyens jusqu’à 290-295km/h). Une mission d’un avion «chasseur de cyclones» a même mesuré une valeur de rafales (10 secondes) à 317km/h au niveau de vol de l’avion, soit entre 2500 et 3000m d’altitude.

Irma est l'ouragan le plus puissant jamais observé sur les petites Antilles depuis les premiers enregistrements météorologiques réalisés sur la zone. Par ailleurs, on estime qu'il a maintenu cette vitesse de vent pendant 33 heures consécutives (un peu plus de 3 jours), un record mondial depuis le début de l'ère satellitaire, détrônant celui établi par le typhon Haiyan, aux Philippines en 2013.

L’image contient peut-être : eau et plein air
Image satellite visible (via Infoclimat) du système le 06 septembre 2017 en fin de journée.
Au moins 34 personnes ont été tuées par l'ouragan dans les Caraïbes et en Floride :
Barbuda : 95% de l'île inhabitable, une personne tuée
Saint-Martin : 90% de destruction sur l'île de 75 000 habitants. Le bilan atteint 10 morts, 112 blessés
Saint-Barthélémy : aucune victime à déplorer mais dégâts identiques à ceux de Saint-Martin
Iles Vierges britanniques : destructions considérables, comparables à Saint-Martin sur les îles de Tortola et de Gorda, plusieurs personnes tuées
Anguilla : dommages sévères en plusieurs points de l'île, une personne tuée.
Turks & Caicos : dommages catastrophiques reportés par le gouvernement mais pas de victime
Porto Rico : plus d'un million de personnes ont été privées d'électricité et 50.000 d'eau.
Bahamas : dommages importants sur Ragged Island, île la plus touchée par Irma selon le gouvernement local. Les îles d'Inagua et Crooked Island ont aussi subi de gros dégâts
République Dominicaine : au moins 10 000 personnes affectées par les inondations sur la côte nord du pays
Haïti : la partie nord du pays affecté au niveau des cultures mais aucune victime
Cuba : le littoral nord de l'île a été inondé sur plusieurs centaines de kilomètres d'après la presse locale. Nombreuses toitures arrachées et dégâts sévères vers Esmeralda
 

Des prévisions pour anticiper l'activité cyclonique

Les modèles météorologiques de Météo-France, du NHC et du Centre européen de prévisions avaient permis d'anticiper dès le mercredi 30 août la trajectoire probable de l'ouragan et son intensité. 
IRMA et le changement climatique
 
Les effets du changement climatique sont une réalité aux Antilles. En effet, les mesures de températures en Martinique et Guadeloupe l’attestent avec une augmentation d’environ 0,25° par décennie depuis le milieu du siècle dernier. Une autre conséquence est la montée du niveau de la mer, millimètre par millimètre (environ 2 à 3 mm par an).
Mais, un évènement pris isolément ne peut pas, par lui seul, confirmer les effets du changement climatique concernant les épisodes météorologiques extrêmes.
Néanmoins, le développement d'un évènement tel que l’ouragan majeur IRMA est cohérent avec les simulations climatiques qui indiquent, dans le contexte du réchauffement global, non pas une augmentation du nombre de cyclones, mais la possibilité de cyclones plus intenses et une régionalisation évoluant.
Enfin, les conséquences du changement climatique, surtout au niveau de la mer, augmentent la vulnérabilité des enjeux côtiers. Et comme la littoralisation de la population s’est accentuée, le risque cyclonique est de plus en plus important et doit être pris comme un aspect majeur dans le cadre des politiques d’adaptation aux changements climatiques et de développement durable.
 
(Météo France, Keraunos, Infoclimat et le NHC)