Un début 2018 copieusement arrosé

Depuis le début de l'année, les flux perturbés ont dominé sur la France et l'Europe occidentale. Les précipitations sont largement excédentaires sur les trois quarts sud et notamment sur un quart sud-est : les cumuls atteignent le double de la normale* sur les régions allant de Rhône-Alpes à la Provence, la Côte d'Azur et la Corse, voire localement le triple en Languedoc comme à Béziers et Montpellier.

Rapport à la moyenne des cumuls de précipitations - France - 2018
Rapport à la moyenne des cumuls de précipitations - France - 2018 - © Météo-France
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Cette année 2018 contraste singulièrement avec 2017 qui avait été exceptionnellement sèche dans ces contrées avec un déficit de pluviométrie voisin de 50 % ce qui fait que, dans plusieurs villes de l'Hérault, le cumul provisoire sur l'année en cours dépasse déjà largement ce qui a été relevé sur toute l'année 2017 :

Ville

Précipitations du 1/01 au 29/03/2018 en mm

Précipitations en 2017 en mm

Montpellier

441

321

Béziers

419

369

Sète

352

255

 

D'autres valeurs élevées ont été notées dans le Pays basque, 628 mm à Biarritz (+86 % par rapport à la normale*), le nord des Alpes, 473 mm à Bourg-Saint-Maurice (+80 %) ou les Cévennes, 916 mm au Mont Aigoual, plus du double de la normale*.

En montagne, aussi bien sur les Alpes que sur les Pyrénées, les quantités de neige accumulées au cours de la saison atteignent parfois des niveaux records depuis 1981 comme l'illustre l'évolution de l'enneigement à Tignes en Savoie à 2080 mètres d'altitude :

Evolution de l'enneigement à Tignes pendant l'hiver 2017-2018
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Le rail des perturbations atlantiques dévié vers le sud-ouest

La configuration météorologique responsable de ces intempéries s'est notamment mise en place au moment de la vague de froid tardive de fin février. À ce moment-là, le jet stream qui dirige les perturbations atlantiques circulant sur le continent européen s'est incurvé vers le sud alors que le nord de l'Europe passait sous l'influence d'un anticyclone canalisant l'air froid de Russie (le « Moscou-Paris »). Cette configuration peut se caractériser par la variation de l'indice NAO (comme « North Atlantic Oscillation » ou oscillation nord atlantique) basé sur la différence de pression entre Lisbonne et Reykjavik. Quand l'indice est positif, le flux d'ouest océanique est vigoureux et les perturbations actives circulent préférentiellement sur le nord du continent. Quand l'indice est négatif comme ce fut souvent le cas ces dernières semaines, les perturbations atlantiques circulent davantage vers le sud du continent (péninsule ibérique, Méditerranée) favorisant ainsi les infiltrations d'air plus froid sur la partie nord.

Anomalies de pression normalisées depuis le 1er mars 2018
Illustration par les anomalies de pression normalisées depuis le 1er mars d'une configuration météorologique dominée par un indice NAO négatif (pression plus élevée que la normale en Islande, plus basse au Portugal).

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Le sud-ouest de l'Europe a aussi connu des intempéries pluvieuses et venteuses inhabituelles comme sur la péninsule ibérique avec 156 millimètres observés à Madrid sur les 30 derniers jours (la normale* pour un mois de mars est de 22 millimètres seulement), 267 millimètres à Lisbonne (pour une moyenne de 50 millimètres en mars).

* normales calculées sur la période 1981-2010

(Météo France)