Point sur la situation Hydrologique en France et en Lorraine au 01er Août 2018

 

> En France

Les précipitations ont été géographiquement très contrastées. Elles ont été très faibles et peu fréquentes de la Normandie aux frontières du Nord et du Nord-Est où le déficit pluviométrique a souvent dépassé 60 %. Les épisodes pluvio-orageux ont en revanche été très nombreux au sud de la Garonne et se sont accompagnés de pluies abondantes et localement de grêle. L’excédent a souvent atteint 1,5 à 3 fois la normale. Sur le sud-ouest de la Bretagne, le pourtour méditerranéen et la majeure partie de la Corse, les cumuls ont également dépassé 1,5 fois la normale suite à quelques épisodes de fortes pluies.
Sur les régions du Nord et du Nord-Est, après un mois de juin déjà très chaud, les températures élevées tout au long du mois, souvent 2 à 4 °C au-dessus des normales, associées au manque de pluie ont contribué à accentuer l’assèchement des sols superficiels. En moyenne sur la France et sur le mois, juillet 2018 se classe au 3ème rang des mois de juillet les plus chauds depuis 1900 derrière juillet 2006 et juillet 1983
.
* : normales concernant température et précipitations : moyenne de référence 1981-2010

 

> En Lorraine

Précipitations:

LLa pluviométrie du mois de juillet accuse un fort déficit, de l’ordre de 50% à 70 % sur le bassin Rhin Meuse. De même sur le bassin Seine Normandie, la pluviométrie accuse un déficit de près de 70 %. Le rapport à la normale des précipitations du mois de juillet est déficitaire partout mais les déficits sont moins importants sur les Plateaux Occidentaux en Marne et sur la Haute-Marne Méridionale. Le cumul mensuel de précipitations agrégées pour la Lorraine est de 25.3 mm soit un déficit global de 67%. Les cumuls sont compris entre 5 mm et 50 mm en plaine et entre 50 mm et 75 mm pour le relief vosgien.

Le bilan par rapport à la normale est déficitaire :

* Pour les Vosges et la Moselle, le déficit est globalement compris entre 50% et 75%.
* Pour La Meurthe-et-Moselle et la Meuse, le déficit est compris entre 50% et 100%.

Le cumul des pluies efficaces est négatif :
* compris entre -25 mm et -50 mm avec des plages plus sévères entre -50 mm et -75 mm pour les départements suivants : le Bas-Rhin, les Ardennes, la Meuse et la Haute-Marne.

Le cumul de pluies efficaces de septembre 2017 à juillet 2018 est compris :

* entre 200 mm et 1250 mm (relief) pour la Lorraine.

Pour cette période (septembre 2018 à juillet 2018), le bilan est
* excédentaire pour l’Aube, la Marne et la Haute-Marne, globalement entre +10% à +25%.
* conforme à la normale pour le Haut-Rhin, Les Vosges et La Meurthe-et-Moselle.
* conforme à excédentaire de 10% à 25% pour le Bas-Rhin, la Moselle, la Meuse et les Ardennes.

L’indice d’humidité des sols au 01/07/2018 est compris entre 0.10 (Marne) et 0.40.
Cela génère un écart pondéré à la normale négatif et compris -10% et -60% voire -70% très localement pour la Marne.

 

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Légende: Cumul de précipitation et indice d'humidité des sols (Carte: Météo France).

 

Côté hydrologique:

Du fait de ces forts déficits, l’étiage s’installe sur toutes les rivières de ce bassin, avec des déficits assez sévères sur certaines têtes de bassins, en particulier dans le département des Vosges.

Sur le bassin Meuse/Moselle, les débits moyens du mois de juillet 2018 sont très inférieurs aux normales saisonnières. Les bassins versants amont sont particulièrement impactés avec des débits généralement inférieurs à 40% des valeurs moyennes. Plus à l’aval, la situation est un peu moins critique. Le constat est identique pour les VCN3, avec des périodes de retour supérieures ou égales à 10 ans sec sur certains bassins versants amont et moins critiques à l’aval. On note que les débits sont faibles mais relativement stables ou en décroissance lente, avec des remontées ponctuelles dues aux apports des pluies locales. La situation des nappes est quasi normale suite au printemps arrosé, ces apports des eaux souterraines compensent partiellement le déficit de pluie et limitent pour l’instant la gravité des phénomènes d’étiage observés.

Sur les cours d’eau du bassin Seine Normandie, les débits du mois de juillet 2018 sont globalement en baisse. Le débit mensuel moyen est proche de la moyenne interannuelle des débits. Au cours de la période de juillet, les VCN3 sont proche du médian et les dates d’observation sont situées en fin de mois.

 

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> En Meuse (au 25 Juillet 2018): 5 rivières indiquent un écoulement visible faible. 4 rivières indiquent un écoulement non visible. 4 rivières Assec. Le reste (17) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse.

> En Meurthe et Mosselle (au 25 Juillet 2018):  19 rivières indiquent un écoulement visible faible. 5 rivières indiquent un écoulement non visible. 9 rivières Assec. Le reste (05) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse.

> En Moselle (au 25 Juillet 2018): 03 rivières indiquent un écoulement non visible. 3 rivières Assec. Le reste (34) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse.

> Dans les Vosges (au 23 Juillet 2018): 7 rivières indiquent un écoulement non visible. Une rivière Assec. Le reste (23) des rivières la situation est normal mais les niveaux sont en baisse.


 
Remplissage des lacs-réservoirs de la région Lorraine:

Pour les réservoirs et barrages de la région Grand Est, la tendance à la baisse constatée le mois dernier se poursuit. Cette baisse est plus marquée pour les ouvrages destinés au soutien d’étiage et à la navigation.
Le niveau de remplissage global est de l’ordre de 84% pour les retenues destinées à l’alimentation en eau potable, de l’ordre de 81% pour les retenues destinées au soutien de l’étiage et de l’ordre de 68% pour les retenues destinées à la navigation
.

 

Nappes Souterraines:

Le bilan météorologique est particulièrement défavorable pour le mois de juillet, avec un déficit pluviométrique global de 67% pour la Lorraine et un mois avec de fortes températures. Les nappes sont toujours à la baisse, mais leur niveau reste encore autour de la normale ou modérément sec, à l’exception des piézomètres de Gespunsart et Essegney affichant un niveau bas et des piézomètres de Gelacourt et Relanges affichant des niveaux très bas (période de retour proche des 25 ans secs à Relanges).

Dans l'ouest Meuse, la situation des nappes du bassin Seine-Normandie reste globalement dans la continuité des tendances observées au mois de juin précédent, c’est-à-dire une situation de vidange généralisée des nappes.
On note cependant, pour la première fois de l’année, des valeurs moyennes inférieures aux normales pour plusieurs masses d’eau. La faible voire l’absence de recharge sur ce début d’été marque et accentue le phénomène de tarissement des nappes.
Au final, la situation hydrogéologique commence à devenir préoccupante sur certains secteurs (Craie champagne Nord, nappe de l’Albien, masses d’eaux alluviales et nappes du Jurassique supérieur) avec des valeurs inférieures aux normales ainsi qu’aux valeurs de l’année 2017.
Cette tendance à la baisse devrait s’aggraver sur cette fin de période estivale si la recharge reste faible et épisodique. Si le phénomène perdure, le faible état quantitatif devrait s’étendre à l’ensemble des masses d’eau de la région..

 

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Ailleurs en France:

Le niveau des nappes au 1er août 2018 est hétérogène d’une région à l’autre.

La moitié des nappes (51%) affiche un niveau modérément haut à très haut et un tiers d’entre elles (29%) affiche un niveau modérément bas à très bas. Le cinquième restant (20%) se situe dans la moyenne. Cette situation, assez favorable pour cette époque de l’année, est liée à l’incidence notable des pluies qui se sont prolongées tard au printemps. A l’exception de quelques secteurs, les niveaux de nappes se situent globalement au-dessus des niveaux généralement observés en été

La tendance d'évolution du niveau des nappes traduit désormais la période des basses eaux avec, désormais seulement 11 % des points encore stables ou en hausse. Ce constat n’est pas inhabituel pour ce milieu de période estivale. Le nombre de points dont la tendance d’évolution est orientée à la baisse de niveau a très sensiblement progressé au 1er août à 89% (pour 56% au 1er juillet). Cette situation traduit la période estivale des basses eaux.

La situation des nappes au 1er août 2018 traduit désormais clairement la période des basses eaux, habituelle à cette époque de l’année.

 

Côté Sécheresse:

Au 01er Août 2018: 55 départements en France ont pris au moins une restriction d'usages de l'eau sur leur territoire.

Au 01er Août 2018 en Lorraine: L'ensemble des départements de la région Lorraine ont pris au moins une restriction d'usages de l'eau sur leur territoire. Niveau jaune sur Meuse, Meurthe et Moselle et Moselle. Niveau Orange sur Vosges, Moselle amont et Meurthe partie du département 54 et Moselle amont et Meurthe partie du département 57.

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Analyse (au 01er Août 2018) pour la Lorraine:

Au 1er Août 2018, la situation Hydrologique se détériore par au mois précédent sur la Lorraine en raison d'un mois de juillet sec et chaud. Le risque de sécheresse est jugé plus important notamment vers la fin de l'été. Effectivement de nombreux départements ont pris des mesures de restriction d'usages de l'eau. Hormis quelques épisodes orageux, le temps s'annonce assez sec dans les prochaines semaines. Pour le moment le risque de sécheresse devrait s'accentuer, le risque de sécheresse sur les nappes souterraine est plus limité.


La situation est à suivre pour les prochaines semaines. Prochain point vers la mi Septembre.

 

 

*On distingue plusieurs types de sécheresses :

- La sécheresse météorologique correspond à un déficit prolongé de précipitations.
- La sécheresse des sols, dite « agricole », se caractérise par un déficit en eau des sols superficiels (entre 1 et 2 m de profondeur), suffisant pour altérer le bon développement de la végétation. Elle dépend des précipitations et de l'évapotranspiration des plantes. Cette notion tient compte de l'évaporation des sols et de la transpiration des plantes (l'eau puisée par les racines est évaporée au niveau des feuilles). La sécheresse agricole est donc sensible aux précipitations, à l'humidité et à la température de l'air, au vent mais aussi à la nature des plantes et des sols.
- La sécheresse hydrologique se manifeste enfin lorsque les lacs, rivières ou nappes souterraines montrent des niveaux anormalement bas. Elle dépend des précipitations mais aussi de l'état du sol influant sur le ruissellement et l'infiltration. Le réseau hydrographique et les caractéristiques des nappes déterminent les temps de réponse aux déficits de précipitations observés sur différentes périodes.
Ces « différentes » sécheresses peuvent intervenir à divers moments, non forcément concomitants et ne sont pas forcément systématiques.

 

(Avec Météo France, BRGM, Eau France et Dreal Grand Est)